Mon corps m’appartient

« Parce que oui, on peut être fier de son corps, et oui, on peut le montrer.
Parce que non, on n’a pas à accepter de remarques dégradantes sur notre image, parce qu’on a osé la montrer. »

C’est sur ces mots que s’ouvre Mon Corps m’appartient, la galerie de bodypositivy créée par Pauline il y a un an. Ce Tumblr prône l’amour et le respect du corps humain, et en particulier de son propre corps.

(NB : toutes les parties en italique sont des extraits de l’article de Pauline, exceptée la dernière –mais qui est quand même une citation de Pauline-)

Il y a un an, Pauline a poussé sur son blog un grand coup de gueule. Un coup de gueule contre le slut-shaming (à ce sujet, lire l’excellente contribution sur le blog Ca fait genre) et contre les injonctions faites aux femmes.

« J’en ai juste ras-le-bol que tout ce que je fais soit sujet à débat. Et quand je dis « je », je parle de moi et de toutes les femmes, nos faits, nos gestes, nos paroles, sont soumis chaque jour au regard scrutateur de qui veut bien nous mater, nous décortiquer, nous donner leur avis, tiens, aussi, sur ce qu’on fait de nos vies et de nos corps. Stop. »

De manière très juste, Pauline s’est indignée contre cette contradiction qui fait qu’un corps nu va être considéré comme esthétique dans un contexte artistique (un tableau, une photographie de mode), et comme obscène dans un contexte personnel (une photo de soi, un selfie).

« Pourquoi vit-on dans une société où un corps nu = un corps pornographique ? Il est passé où le temps des tableaux peints à la pelle avec des boobs et des culs partout, personne s’en plaignait à l’époque, et encore maintenant, qu’est-ce qu’on en dit ? Que c’est de l’ART.
Mais moi je peux pas être de l’art, c’est ça ?
Toutes les nanas des magazines, les innombrables photographes pro qui se spécialisent dans le nu, les tableaux, eux c’est beau, c’est de l’art. Eux c’est esthétique, mais pourquoi moi j’ai pas le droit d’être esthétique et je deviens directement obscène ? »

 

Dans la logique de notre société sexiste, adepte du slut-shaming, montrer, pire, poster sur Internet, une photo de soi nue transforme automatiquement une femme en « salope » sans respect pour elle-même, qui perd par là toute sa valeur.

Je ne pourrai pas donner de meilleure réponse que celle de Pauline : « merde à ceux qui n’ont qu’une vision étriquée de ce que c’est que d’être « une fille bien », merde à ceux qui passent leur vie à donner leur avis bien senti, bien pointu, quand tout ce que tu veux, toi, c’est vivre ta vie péperlito sans qu’on vienne te faire chier.
Sauf mention contraire, personne vous demande votre avis. Si je poste demain une photo de mes seins, tétons saillants, je demanderai pas votre avis. Ah oui vous pourrez toujours penser ce que vous voulez, mais vous êtes gentiment priés de vous la fermer si votre opinion sur le sujet se résume à « oh la salope ». Et arrêtez, là, tous autant que vous êtes, de vous cacher derrière l’humour (« Je n’ai insulté personne, sinon sur un ton humoristique »), parce que vous faites gerber tous ceux qui se prennent votre si grand humour dans la gueule. »

Merde. Mon corps m’appartient. Cela signifie que je peux en faire ce que je veux, et que personne n’a le droit de donner son avis là-dessus. Personne n’a le droit de me dire que ce que je fais avec est mal, personne n’a le droit de me dire que je donne une image de moi qui est dégradante, personne n’a le droit de m’insulter ou d’essayer de me censurer.

« Mon corps m’appartient. Il n’appartient à AUCUN de vous. » Faites ce que vous voulez de votre corps, et laissez-moi faire ce que je veux du mien.

La photo que j'ai postée dans la galerie, prise par Pomme.  Je l'avais d'abord postée sur Facebook, où j'avais été lynchée, insultée par mes "amis", puis censurée sur le signalement de l'un d'eux (que personne n'a songé à censurer pour ses photos torse nu, lui).
La photo que j’ai postée dans la galerie, prise par Pomme.
Je l’avais d’abord postée sur Facebook, où j’avais été lynchée, insultée par mes « amis », puis censurée sur le signalement de l’un d’eux (que personne n’a songé à censurer pour ses photos torse nu, lui).

« Vous fatiguez tout le monde, on n’en peut plus de devoir se justifier, de devoir vous rassurer sur notre vertu, de devoir prouver qu’on n’est pas des salopes, qu’on n’est pas des putes, qu’on est bien de gentilles petites ménagères de moins de cinquante ans, dans des pantalons en stretch et sous des doudounes, bien épilées, avec une belle lingerie mais bien cachée, qui rentrons pas trop tard et toujours accompagnées, avec une libido en plomb, une contraception bien orale, aucune IVG au compteur, un seul partenaire, un mâle dominant évidemment, avec qui nous pratiquons le coït vaginal de manière régulière quand il le demande, sans jamais ressentir trop de plaisir non plus, dans le but de nous reproduire à court ou moyen terme, afin de pondre deux ou trois chiards utiles à la société avant de retourner travailler dans un univers où on devra accepter de se faire toucher les fesses, les seins, les cuisses, et merci pour le compliment surtout.
Merci de contribuer chaque jour, avec vos réflexions de merde, avec votre comportement moisi, à ce que ce soit si difficile d’être une femme, si fatigant.
Merci de permettre à tous les sexistes du monde entier de se sentir trop bien dans leurs baskets, merci de nous donner souvent envie de crever, puisqu’on n’a pas le droit non plus de se révolter, faudrait pas qu’on oublie de la fermer non plus.
Merci de faire de nos vies un enfer, vraiment.
Ne vous attendez plus à ce que je ferme ma gueule. Et j’encourage chaque femme qui me lirait ici, à ne plus fermer sa gueule. A se renseigner, à réfléchir, à comprendre le sexisme qu’on a intégré si tôt et qui a fait de moi pendant longtemps une connasse de sexiste aussi.
Il faut combattre ces automatismes et reprendre le contrôle de notre image, de notre corps, et de nos vies. »

Une des conséquences du sexisme et du slut-shaming, c’est que les femmes apprennent à détester leur corps, parce qu’il n’est pas conforme à ce qu’on leur dit qu’il devrait être. Elles apprennent à se censurer, à se cacher, parce qu’on leur enseigne que sinon, elles sont de petites salopes qui méritent d’être violées.

Bref, face aux hommes qui ont tous les droits avec leurs corps, les femmes n’en ont aucun. Alors qu’elles devraient pouvoir s’aimer, être fières de ce qu’elles sont, ne pas avoir peur de se montrer, sans prendre le risque d’être lynchées pour cela.

La galerie « Mon Corps m’appartient » à un but simple : permettre à toutes les femmes de s’exprimer à propos de leur corps, de se confier, de se montrer sans peur du jugement. Pas de comparaisons, pas de critères de beauté, seulement de l’amour et du respect. Un havre de paix dans l’enfer du sexisme.

Et parce que les hommes non plus ne sont pas à l’abri des injonctions à la beauté, eux aussi peuvent venir poster leur photo et s’exprimer sur le blog.

« Je voulais transmettre l’idée qu’il n’y a aucune honte à être nu-e et à aimer une photo de soi dénudé-e, que ce n’est pas du narcissisme condamnable parce que c’est important d’aimer son corps et d’être à l’aise dedans. La société a trop souvent tendance à condamner ce genre de pensées alors que rien n’est plus inoffensif qu’une personne qui a appris à s’aimer entièrement. »

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