J’ai été une victime.

Environ 1,2 million. C’est le chiffre que j’ai découvert hier soir. Il correspond au nombre d’élèves qui seraient actuellement victimes de harcèlement scolaire. 1,2 million, soit 10% des élèves français. Une proportion impressionnante. Le second chiffre, c’est 50% : seuls 50% de ces victimes osent en parler à un adulte. Les autres subissent en silence, et parfois, en meurent.
Le ministère de l’Education nationale a fait de la lutte contre le harcèlement scolaire une priorité. Le site officiel Agir contre le harcèlement à l’école met à disposition de nombreuses ressources. Des actions sont mises en place, comme le prix Mobilisons-nous contre le harcèlement. Malheureusement, c’est encore insuffisant. Le harcèlement scolaire reste un sujet tabou, et les victimes ne sont pas toujours prises en charge correctement.

La meilleure manière de briser un tabou, c’est encore d’en parler. Il faut donner aux victimes la possibilité de parler, de témoigner, et d’êtres entendues. Elles sont les premières concernées par ce fléau, elles sont les mieux placées pour en parler.
J’ai toujours considéré que lorsqu’on est une victime, si l’on se sent capable de raconter ce que l’on a subi (ou que l’on subit encore), il faut le faire. Pour montrer que l’on existe, que ce qu’on vit est une réalité. Pour montrer à d’autres victimes qu’elles ne sont pas seules, et les encourager à sortir du silence à leur tour. (d’ailleurs, c’est ce que permet Polyvalence-MP sur de nombreux sujets)
C’est pourquoi maintenant, je prends mon courage à deux mains pour vous raconter le harcèlement scolaire que j’ai subi il y six ans.

Si vous êtes vous-même victime, je vous encourage vivement à en parler. Comme je sais à quel point c’est difficile, je vous propose de le faire ici, à la suite de mon témoignage, de manière anonyme (ou non, comme vous le souhaitez), en m’envoyant un mail : lisa.guibaud@gmail.com. Vous pouvez aussi m’écrire simplement pour discuter, n’hésitez pas

Cette affiche a été réalisée par l'accueil de loisirs associé à l'école Gaston Dupouy (académie de Toulouse) dans le cadre du prix "Mobilisons nous contre le harcèlement 2013-2014" lancé par le Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche".
Cette affiche a été réalisée par l’accueil de loisirs associé à l’école Gaston Dupouy (académie de Toulouse) dans le cadre du prix « Mobilisons nous contre le harcèlement 2013-2014″ lancé par le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ».

C’était en 2009. Plus exactement, durant l’année scolaire 2008 – 2009. J’étais en 5ème. J’avais donc 12/13 ans. Dès la rentrée, en septembre, j’avais repéré un garçon de ma classe. Il s’appelait Romain. Il était mignon, vraiment mignon. Beau, même. Il était tapageur, un brin insolent. Il était charismatique. Il était celui que l’on remarque, tandis que j’étais parmi les quelques élèves invisibles de la classe. Il était celui contre qui les profs s’énervent sans cesse, alors que j’étais la bonne élève, trop sérieuse, un peu chouchoute. C’est ça qui nous a rapprochés : les profs aiment bien mettre côte à côte des élèves si différents, espérant que le calme de l’un ait une bonne influence sur l’autre.
Mon calme n’a eu aucune influence sur lui, au contraire : c’est lui qui m’a influencée. Je ne suis pas devenue, comme lui, une élève turbulente et sans intérêt pour les cours. Non, j’ai fait pire : je suis tombée amoureuse de lui, de Romain. Il faut dire qu’il a tout fait pour me charmer, ce beau gosse : dragues, confidences, plaisanteries, il me faisait comprendre que j’étais importante pour lui, qu’il m’appréciait.
C’était la première fois que je tombais vraiment amoureuse. C’était même plus que de l’amour, c’était une passion. Je l’idéalisais, je le vénérais, il était un ange, la perfection incarnée.

Bref. Ca n’a pas duré. Aussitôt qu’il a eu la certitude de m’avoir conquise, l’ange s’est révélé dans sa véritable nature : un monstre.
Finies les confidences et les plaisanteries ; place aux insultes et aux blagues de mauvais goût. Ca a commencé doucement, à coup de petites piques et de surnoms moqueurs, bientôt repris par tous ses potes.
Puis il y a eu les actes, il a commencé à s’en prendre à mes affaires, à les détruire. Devant les autres, qui rigolaient, même mes potes. Devant moi, qui faisais semblant de rire, et inventais des excuses le soir à la maison.
Ca aurait pu en rester là, j’aurais pu m’y habituer, et vous dire, six ans plus tard, que ce n’était pas si grave.

Mais il y a eu de nouveau les mots. Un mot. « Salope. » C’est devenu mon surnom officiel. Mon identité. Il était le seul à m’appeler comme ça, parce que j’étais sa salope. Et moi, niaise que j’étais, je prenais encore ça pour une preuve d’amour. J’étais fière, un peu, de lui appartenir. Si seulement j’avais pu ouvrir les yeux…
Mais il y a eu les actes, encore. Les coups. L’humiliation en public, dans la cour de récréation, devant nos potes qui rigolaient, les miennes aussi, plus fort que les autres, d’ailleurs. Devant moi qui ne rigolais plus, qui me retenais de pleurer, qui me taisais le soir à la maison.

On a presque atteint le pire quand il a fait semblant de sortir avec ma meilleure  amie. Un plan monté de toutes pièces pour me faire sentir à quel point j’étais une merde, à quel point il ne m’aimait pas, non, parce qu’il me détestait, me détestait autant que je continuais stupidement à l’idolâtrer. J’ai commencé à me mutiler.
On a véritablement atteint le pire lorsqu’il m’a encouragé à continuer, à couper, à couper, à couper. Lorsqu’il m’a encouragé à aller encore plus loin : lorsqu’il m’a poussée au suicide. Pour lui, pour qu’il n’ait plus à me supporter, pour qu’il soit enfin heureux sans moi. Ca a failli fonctionner.

Cette affiche a été réalisée par le lycée Etienne-Jules Marey (académie de Versailles) dans le cadre du prix "Mobilisons nous contre le harcèlement 2013-2014" lancé par le Ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche.
Cette affiche a été réalisée par le lycée Etienne-Jules Marey (académie de Versailles) dans le cadre du prix « Mobilisons nous contre le harcèlement 2013-2014 » lancé par le Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche.

Il m’a fallu près de trois ans pour en parler. Trois ans, des dizaines et des dizaines de coupures, et une tentative de suicide. Après ça, avec l’aide d’une psy et d’un petit ami qui a su me redonner confiance en l’amour, j’ai remonté la pente. J’en garde encore des séquelles. Des cicatrices, des troubles dans mon comportement.
Ma psy a posé le mot de « pervers narcissique » pour décrire Romain. Je ne sais pas si c’est réellement le cas. Peu importe. Moi je parle de harcèlement scolaire. Harcelée par ce garçon que j’aimais trop, harcelée par ses amis, abandonnée, harcelée aussi, par les miens.
Et pour quelle raison ? Aucune. Il n’y a pas de raison au harcèlement.

Ami(e)s victimes, anciennes victimes, je vous soutiens de tout mon coeur. Je suis là si vous souhaitez en parler. ♥

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14 réflexions sur “J’ai été une victime.

  1. Je suis maitresse et ce sujet me touche beaucoup, j’essaye d’être très vigilante dans ma classe et dans mon école. Mais des fois, on passe à côté, j’en ai parlé sur mon blog l’an dernier:
    https://empreintedemesmots.wordpress.com/2014/01/14/stop-aux-harceleurs/

    Ce harcèlement est un sacré fléau pour l’école et il est quelques fois silencieux et d’autres fois, le terreau est la négligence des adultes.

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  2. C’est bien ce genre de témoignage. Et j’ai envie de mettre ma petite pierre à ton édifice pour l’occasion.
    Ce genre de choses font partie de celles dont je parle facilement à présent, à visage découvert, d’une part parce qu’il n’y a aucune honte à avoir, et que cela est (comme je le vois à présent), quelque chose qui m’a aussi forgé dans un sens.
    Personnellement, je dis, sous forme de petite boutade, que je n’ai pas vraiment eu d’enfance, je souris en le disant, mais c’est vraiment ce que je pense.
    J’ai pour ma part longtemps eu la place du gamin un peu marginal (et marginalisé), pendant de nombreuses années s’étalant de la mi-primaire jusqu’au collège, où j’ai été une sorte de « souffre-douleur ». Je me souviens encore, bien que les images et impressions soient très diffuses. J’ai connu pendant cette période de très lourdes violences morales, et physiques aussi (cela allait jusqu’à ces extrémités) à avoir 3, 4, 5 autres élèves me tombant dessus, sans que je ne comprenne vraiment pourquoi.
    Même s’il est vrai que, malgré moi, je me sois toujours (même aujourd’hui, mais de manière revendiquée) souvent retrouvé à la marge des groupes, particulièrement comme on les connait à l’école. Je fus d’ailleurs un mioche assez (voire très à certaines périodes) solitaire.
    Quand tu parles de coups, et d’humiliations publiques également, je peux te dire que je connais ça aussi pour les avoir traversé. Et en prenant tout sur moi.
    Ces choses là se sont calmées au collège, même s’il y avait encore certaines brimades, mais plus rien de physique à partir de là (aussi, peut-être, parce qu’il y eut d’autres personnes en étant victime à ce moment là). Jusqu’à s’estomper au fur et à mesure et disparaître véritablement après être parti à 600 km de là…Et commencer une nouvelle vie en somme…
    Cette violence là est ressortie pendant l’adolescence, bizarrement au moment où les choses se « normalisaient » pour moi, très certainement parce du fait de mon affirmation de plus en plus importante. Cela m’a néanmoins également amené à des pratiques mutilatoires (je revois encore mes avant-bras crevassés au ciseau) jusqu’au point de me laisser dépérir, aller vers ce que j’appelle maintenant ma « non-existence », être là sans exister, sans vivre, chose que je ne croyais pas faite pour moi. Chose que je vois comme étant une dépression (je l’appelle d’ailleurs « Dépression » avec un d majuscule).
    Je n’ai bénéficié ni sollicité l’aide de personne, j’ai appris à la dure, si je puis dire, à m’affirmer, à me construire, en tout cas c’est comme ça que je vois les choses, avec finalement, après cette absence d’enfance insouciante si je puis dire tant j’ai très tôt développé un mode « survie » face à l’adversité, qui m’ont, dans le travers le moins cool, appris à jouer de duplicité dans certaines situations, mais également accentuer – je le crois – mon empathie, ou en tout cas ma révolte face à des personnes vivant des situations injustes leur tombant sur le coin de la tronche. Ouais, une certaine intolérance à l’injustice et une difficulté à fermer ma gueule ou ne rien faire dans ces cas là.
    Cela donne un tout très complexe, où je n’arrive pas à me dire que ce que j’ai traversé (grossièrement résumé) fut en soi totalement mauvais, tant j’en retire certains biens – je le pense – et en tout cas tout un apprentissage, « à la dure » certes, mais je crois que cela m’a aussi fait avancer, dans un sens…
    Bref…Voilà le laïus que je me sentais de te laisser sur ce sujet qui me touche très personnellement…Moi qui…Dans toute l’ironie de la chose après la lecture de ton article…M’appelle Romain.

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    1. Merci pour ton témoignage ❤

      Ce que j'ai vécu m'a aussi permis, dans un sens, d'avancer, de construire celle que je suis aujourd'hui. D'ailleurs, on dit toujours que ce sont les pires événements qui nous forgent. Pour autant, je me demande toujours : est-ce que ça valait le coup de subir ça ? est-ce que je n'aurais pas pu me forger sans ? est-ce que j'aurais pu devenir celle que je suis sans passer par cette épreuve (et par les autres que j'ai traversées) ? Je n'en sais rien, je ne le saurai sans doute jamais. J'essaie alors simplement d'accepter ce qui est arrivé, et les conséquences.

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      1. Oui c’est un peu la position que j’adopte de mon côté, à me dire qu’on ne refait pas le passé et que, partant de là, autant essayer de voir ce que l’on peut en retirer de constructif. Passer par là est ce qui qui fut, et l’on ne refait pas le passé…Tendance à penser qu’il y a un choix sur cette question : l’intégrer et le dépasser, ou le subir et en souffrir.

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      2. Je ne sais pas si je parlerais de choix… De possibilités, plutôt. Un choix, c’est quelque chose de conscient. Malheureusement, il ne suffit pas de se dire « maintenant je choisis d’aller de l’avant », pour que ça fonctionne. Parce qu’il y a toute une partie inconsciente, du traumatisme, des séquelles, qui peut être plus forte que ça.

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      3. Oui, tu as raison. Je dis « choix » parce que j’en ai personnellement, dans mon histoire, fait un acte de volonté assez puissant à un moment donné. C’est du coup une terminologie personnelle, même si su rle fond j’ai tendance à te rejoindre.

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  3. Hélas, les exemples de harcèlement scolaire sont très nombreux et prennent des formes très variées.

    J’en ai aussi été victime, pendant 7 ans. Depuis mon entrée à l’école de Jonquerettes en CE2 jusqu’au lycée (où mes harceleurs n’étaient plus dans le même établissement). Je n’ai jamais compris pourquoi ça a commencé mais, en gros, j’étais le vilain petit canard. Les enfants sont cruels, en général ils trouvent un prétexte un peu nul (embonpoint, lunettes, origines, timidité…) pour te faire chier mais moi, sur le coup et même avec le recul, je ne vois pas ce qui les a attirés vers moi : j’étais une petite fille tout à faire lamba, ni moche, ni boutonneuse, ni timide, plutôt enjouée même, qui allait spontanément vers les autres. Je n’ai donc jamais compris pourquoi, du CE2 jusqu’au collège PERSONNE n’a voulu « jouer avec moi ». Pas de bande d’amis, pas de pyjama-partys, pas d’après-midi chez untel ou unetelle. J’ai passé 3 ans absolument seule, sur les bancs du préau, et les autres enfants ne jouaient avec moi que si les maîtresses les forçaient. Oh, j’ai bien eu quelques personnes qui ont tenté de m’intégrer mais je devais passer des épreuves : mettre le doigt dans un caca, embrasser un garçon, etc. J’avais refusé. Je n’ai pas subi beaucoup de violences physiques, il faut dire que c’est sans doute parce que j’ai un certain caractère et que j’étais aussi forte qu’un garçon : je me suis battue plusieurs fois, avec des garçons, et nous étions généralement à égalité. Du coup, on me rejetait mais on s’en est rarement pris à moi ou à mes affaires, je ne me laissais pas faire facilement.

    C’était très très très dur. Je pleurais souvent, je me suis totalement renfermée, j’ai pensé à fuguer (et à retourner dans mon village d’origine, où j’avais plein d’amis). J’ai même sérieusement pensé au suicide : à l’époque je n’avais pas ce mot-là en tête, mais je voulais mourir et j’avais réfléchi à comment le faire (couteau, saut d’une falaise). Je ne suis jamais passée à l’acte, ni même mutilée mais quand j’y pense ça fait mal : une gamine de 8-10 ans qui pense au suicide, ce n’est pas normal.

    Bref. Le collège a été à la fois pire et moins pire. Moins pire parce que j’ai commencé à me faire des amis (dont une elle aussi victime de harcèlement) et pire parce que l’adolescence est arrivée : émotions à fleur de peau et, pour ma part, précocité du développement (règles à la fin du CM2, poitrine, je faisais une tête de plus que tout le monde et surtout, la terrible acné. Partout. Visage, dos, poitrine. J’en garde encore des cicatrices …) Mes « harceleurs » du primaire sont passés à autre chose, mais j’en ai attiré des nouveaux. Les attaques étaient moins fréquentes. Physiquement, je ne me suis battue « que » deux fois. On m’attaquait surtout sur mon physique : on me rappelait que j’étais vraiment laide, on prenait des airs dégoûtés devant mon acné (je me rappelle de 2 nanas derrière moi en classe, l’été, qui ont laissé échapper un « beuurk mais putain c’est dégueulasse »), on me pétait dessus (ouais, littéralement), bref, le « vilain petit canard, la suite ».

    Leur grand truc (et ça c’est vache), c’était de me comparer à ma soeur qui était objectivement plus jolie (yeux bleus et, au moins, pas d’acné). Quand elle est entrée au collège après moi, je n’ai plus compté les « elle est vraiment plus belle que toi », « comment c’est possible que tes parents aient pu avoir une fille aussi belle et une aussi moche? », etc. Quand tu as entre 11 et 14 ans, ça fait mal. J’en ai longtemps voulu à ma soeur, c’était leur but, et elle entrait un peu dans leur jeu. J’y reviendrait, mais elle aussi a été victime d’une autre forme de harcèlement.

    Un jour, suite à une histoire à la con, toute une classe de 6ème (j’étais alors en 5ème) est venue m’encercler devant les marches où j’étais assise. J’avais osé mettre une claque (et un coup de pied dans la chatte bien mérité) à une des filles de leur classe qui m’avait lancé des insultes, auxquelles j’avais répliquées et qui avait alors essayé de me mettre une baffe. Sur le coup j’étais assez fière de l’avoir littéralement écrasée, mais leur vengeance a été rude : ils m’ont donc encerclée et couverte d’insultes, tentatives de baffes (mais je leur faisais peur quand même ahah), humiliée (ils étaient plus jeunes). Le tout (et là je fais écho à ton témoignage) devant ma meilleure amie, assise à côté de moi, qui n’a rien fait, rien dit et même parfois rit. Cela m’avait énormément blessée. « Sauvée par le gong », j’ai pu m’échapper quand la cloche de fin de pause de midi a sonné. J’ai couru vers la salle de perm’ en larmes, j’ai récupéré mon sac et je suis sortie du collège anéantie.

    J’en ai reparlé avec elle, longtemps après. Elle s’en voulait aussi. Mais, sur le coup, elle ne savait pas trop quoi faire (toute petite, blonde, 35kg toute mouillée) et avait peur pour elle aussi. Malgré tout, je lui ai pardonné assez vite : elle faisait partie des nanas « populaires » et malgré toute la mauvaise réputation que j’avais, elle est TOUJOURS restée avec moi (personne n’a jamais vraiment compris pourquoi d’ailleurs). Elle a rit avec les autres, oui, mais elle n’est jamais partie. Elle n’a jamais pris leur côté. Elle m’a toujours consolée. Et aujourd’hui encore, elle demeure ma meilleure amie, ma première véritable amie et malgré la distance qui nous sépare depuis 5 ans, le lien est toujours aussi fort (Elfi, je t’aime). Certes, chaque amitié est unique, mais pour ce qui t’es arrivé, essaye éventuellement de « comprendre » tes amis, voire de pardonner : on fait tous des conneries, parfois de très dures, mais il y a certains cas où il faut les pardonner, même si elles n’ont pas de justification solide.

    Le collège donc, où j’ai quand même pu commencer à m’épanouir (surtout vers la 4ème-3ème) car j’ai rencontré deux autres amies, qui avaient le même profil que nous : une fille hyper populaire, Océ, et une autre qui avait été « rejetée » par la bande des populaires, Vic. Océ avait fait le choix de rester avec Vic, et pour cela la bande détestait Vic d’autant plus fort. En tous cas, nous 4 étions inséparables. Il y a eu des violences, j’ai moi-même laissé faire certaines choses à Vic sans broncher (peur de m’en prendre aussi, alors que ça commençait à aller mieux). Elle nous en a (beaucoup) voulu, on en a parlé longtemps après, on s’est pardonnées. Mais le collège, où la violence psychologique a continué à faire de moi une adolescente (très) mal dans sa peau et introvertie.

    Le lycée a tout changé. Collège du Thor = la plupart de mes camarades sont allés au lycée Benoît à l’Isle quand je suis allée à René Char. Les meilleures années de ma vie. Un nouveau départ et surtout, une rencontre : mon premier amoureux, au milieu de la seconde, à qui je dois tout. Avant lui, je n’avais eu AUCUN pote de sexe masculin et même pas fait de « smack » (qui n’a jamais joué à trap-trap-bisou ou eu un amoureux en primaire ? bah moi …). Les mecs c’était un peu la grande inconnue. Et putain, il m’a tellement apporté. On est restés presque 3 ans ensemble et il m’a métamorphosée. Je m’en suis rendue compte après : j’ai (commencé) à prendre confiance en moi, j’ai rencontré ma première bande de potes, il me disait que j’étais belle … On a eu des moments de froid, et on s’est séparés d’une sale manière quand je suis entrée à Sciences Po. On ne s’est parlé pendant 3 ans … Avant de finalement revenir l’un vers l’autre, en tant qu’amis : il m’avait trop apporté pour le rayer de ma vie et inversement pour lui … Qui a aussi été victime de harcèlement, en tant que petit gros. Moi qui pensait être la seule à avoir été harcelée, je suis tombée de haut.

    J’en parlais tout à l’heure, mais ma soeur aussi a été une victime. Différemment, mais une victime quand même. Et de façon plus vile, plus fourbe. Lorsque nous sommes entrées dans notre nouvelle école, elle a accepté de passer les tests, de se faire humilier (et de m’humilier) pour être acceptée. Elle ne l’a été qu’en façade : dans les jeux de rôles de primaire, elle était toujours le « chien » voire « le mur » (sérieusement). Elle était toujours la dernière prévenue de tout, le petit larbin de service. Cela a été entretenu par le fait qu’elle est effectivement jolie : du moins, tous les mecs de sa bande en étaient amoureux et les filles l’ont très mal vécu. Elle n’a coupé les ponts avec elles que cette année : ces nanas étaient toxiques et continuaient à la traiter comme une sous-pote. Pour exemple, à chaque anniversaire de l’une d’entre elles, un pot commun était organisé pour acheter un cadeau (auquel ma soeur participait et ramenait souvent un gâteau, elle adore cuisiner). Pour ses 18 ans, j’ai fait un anniversaire surprise pour elle. J’ai invité ses amies, je les ai prévenues un mois avant. Il n’y avait pas de cours, pas d’excuse. La moitié seulement sont venues. Et aucun cadeau. En soi on s’en fou, je suis d’accord : mais le contraste avec les autres potes de la bande était trop fort. Même pas une putain de carte signée par tout le monde, 1.50€ au tabac du coin. Seule une amie qu’elle s’était faite au lycée (et qui ne connaissait pas la bande) lui a amené un petit cadeau : un diadème en plastique de princesse, pour marquer le coup et pour en faire la reine de la soirée. Un geste tout con. Mais un geste qu’aucune de ses « amies » n’a pris le temps de faire.

    Bref, elle était « intégrée », en apparence. Je l’ai vu beaucoup plus tard. Elle a beaucoup souffert de cette situation, silencieusement et sans même en avoir conscience : elle a un énorme complexe d’infériorité et c’est dû à cela.

    Au final, j’en ressors un peu comme toi : j’ai des blessures, mais j’ai énormément appris. Appris à avoir confiance en moi, appris à m’affirmer et surtout, à garder espoir : la roue tourne. 9 ans plus tard, je suis une jeune femme de 23 amoureuse, aimée, qui vit dans son appart avec son amoureux et son chat, qui a réussi ses études et qui est entourée d’amis fantastiques. Je suis encore sensible à l’avis des autres, j’ai gardé une certaine timidité mais je suis allée de l’avant, en grande partie grâce à l’élan de mon petit-ami de seconde.

    Le harcèlement scolaire est, tristement, quelque chose de banal au collège/lycée. Dans mon pavé, j’ai parlé de Vic, de ma soeur, de mon ex-copain, victimes eux-aussi. Mon copain actuel a aussi été rejeté, en tant qu’intello puis en tant que bisexuel. J’ai une amie très proche qui l’a été aussi. La liste est longue …

    (Et comme je viens d’en parler à l’instant avec mon copain qui me demandait ce que je faisais, il faut revenir sans doute sur un point : comme pour le viol, c’est important de faire sortir les victimes du silence et de casser le tabou. Et justement, comme le viol, il n’y a pas qu’une victime, il y aussi des agresseurs. Il faut tourner le problème et se concentrer aussi sur les enfants qui sont coupables de harcèlement. Pour combattre le viol, il faut apprendre aux victimes à dire « non » mais aussi aux agresseurs d’entendre ce « non ». Pour le harcèlement scolaire, il faut sortir les victimes du silence mais il faut aussi encadrer suffisamment les gamins pour pas qu’ils ne s’acharnent pas sur les autres…)

    Enfin voilà, comme d’hab, un pâté et du courage pour toi, pour tout que tu as subis et ce que tu subis encore. La principale pensée positive que j’ai est la suivante : la roue tourne. Faut y mettre du sien, mais déjà mettre les mots sur sa colère/sa souffrance est un premier pas. Je te souhaite vivement d’aller de mieux en mieux, même si on ne guérit jamais totalement. Courage !

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  4. Merci pour ta visite sur mon blog.
    Ce que tu as vécu est très difficile. C’est dur de briser la loi du silence. Apprenons aux enfants à parler et aux adultes à écouter!

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